Articles de Septembre 2020

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Marc Chevrier. L’empire en marche

Nicolas Bourdon - avatar Nicolas Bourdon > Comptes rendus de Septembre 2020

Marc ChevrierL’empire en marche. Des peuples sans qualités de Vienne à OttawaQuébec, Les Presses de l’Université Laval, 2019, 648 pages Le politicologue et essayiste Marc Chevrier a fait paraître en novembre 2019 aux PUL, en coédition avec Hermann à Paris, L’empire en marche, des peuples sans qualités de Vienne à Ottawa, un ouvrage magistral dans lequel il jette un regard nouveau et corrosif sur nombre de fédérations dont le Canada. Selon lui, l’empire n’est pas mort, il a simplement changé de nom. Alors que beaucoup considèrent le Canada comme une fédération et, qui plus est, une fédération exemplaire qui prend soin de ses minorités, Chevrier estime au contraire qu’il est un empire.

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Confinement et indépendance

Rémi Villemure - avatar Rémi Villemure > Septembre 2020

Au tout début du tome 1 de Mes Mémoires (1878-1920), Lionel Groulx évoque l’enfance, qui fut la sienne, de façon merveilleuse. Élevé sur une petite ferme de la région de la Montérégie, celui qui deviendrait un jour l’intellectuel québécois le plus influent de la première moitié du XXe siècle se disait, dès son plus jeune âge, « prisonnier joyeux de son petit horizon ». Jusqu’à tout récemment, la formule empruntait à l’oxymore ses lettres de noblesse. Si elle prenait tout son sens au fil de la découverte de l’œuvre du chanoine, elle avait tout de même de quoi perturber le jeune lecteur de cette vaste composition. Puis, les temps ont changé.

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Le localisme : quel modèle pour le Québec ?

Pascal Leduc - avatar Pascal Leduc > Septembre 2020

La crise sanitaire actuelle a plongé le Québec dans une profonde réflexion sur la gestion de son économie. À gauche comme à droite, on s’interroge sur la meilleure façon de promouvoir l’économie locale, de réduire la dépendance internationale sur les biens et produits sensibles tout en continuant de favoriser le flux des échanges économiques transfrontaliers. À moins de fréquenter les gens à gauche de la gauche, on ne trouve plus personne pour militer pour des mesures protectionnistes traditionnelles comme les nationalisations, la réglementation accrue, la hausse des barrières tarifaires et la taxation du grand capital pour stimuler et protéger l’économie locale. Le localisme ou la promotion d’une économie de proximité devient alors beaucoup plus complexe à définir et à élaborer en une stratégie cohérente qui aura un effet structurant et directeur sur les politiques industrielles, le support aux entreprises, la fiscalité.

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Prévisions des effectifs au collégial. Un modèle trompeur

Frédéric Lacroix - avatar Frédéric Lacroix > Cégeps 101

Le ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur (MEES) utilise un modèle de prévision des effectifs au collégial pour guider le développement futur du réseau. Ce modèle, qui ne tient pas compte de la dynamique linguistique qui se déploie actuellement au Québec et à Montréal en particulier, minimise le développement futur et la place grandissante qu’occupent et qu’occuperont les cégeps anglais au Québec.

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Éditorial - Rien ne va plus

Robert Laplante - avatar Robert Laplante > Septembre 2020

version PDF La légitimité du français au Québec ne va plus de soi. Tout au plus a-t-elle reçu quelques tièdes acquiescements quand une force politique avait entrepris d’en faire un enjeu d’État et pas seulement une affaire d’épanchements existentiels. La force aura été vacillante au point de devenir évanescente, plombée par la lutte acharnée menée contre notre peuple par l’État canadian et ceux qui le servaient et continuent de s’en réclamer, certes, mais surtout effarée de ce que l’expression de la volonté de puissance lui laissait entrevoir. Ottawa a bien saisi la menace. Les démissionnaires s’en sont fait un matériau.

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L’idéologie intersectionnaliste et la question nationale

Michel Roche - avatar Michel Roche > Septembre 2020

L’aspiration à l’indépendance exprimée dans divers secteurs de la population ou partis politiques est perçue, chez une partie de la gauche, tantôt avec indifférence, tantôt avec méfiance ou hostilité ouverte. L’un des paradoxes de cette gauche réside dans l’étiquette d’« identitaire » qu’elle inflige sans nuances aux indépendantistes tout en valorisant les multiples identités minoritaires.

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Distanciation nationale

Philippe Lorange - avatar Philippe Lorange > Septembre 2020

Les Québécois forment un drôle de peuple. À plusieurs reprises, on nous a dépeints comme étant habités de désirs contradictoires, et d’une incapacité à trancher. Nous voulons un Québec libre dans un Canada uni, comme disait l’autre. Ce trait d’ambiguïté révèle peut-être une forme d’immaturité collective et le signe d’une conscience nationale détournée, mais toujours tapie au fond de notre être. Notre intuition la plus haute, dans des moments fugitifs, sait ramener nos aspirations fondamentales à la conscience dans les temps d’adversité. La crise du coronavirus montre comment notre peuple est capable du meilleur comme du pire, mais aussi que son destin national n’est pas encore résolu. Entre le ti-counisme des ruées vers le papier hygiénique et la générosité spontanée des milliers de C.V. au réseau de la santé et de la mobilisation pour les des dons de sang, on dirait que le Québécois ne connaît pas de juste milieu.

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Le Big Brother canadien : rapport Yale sur l’avenir des communications au Canada

Denis Monière - avatar Denis Monière > Septembre 2020

Le 29 janvier 2020, un groupe d’experts nommés en juin 2018 remettait aux ministres de l’Innovation et du Patrimoine du Canada, Navdeep Bains et Steven Gilbeault, un rapport visant à affirmer la souveraineté canadienne en matière de technologies numériques et à moderniser les lois régissant le secteur des communications au Canada. Avec la pandémie qui s’est imposée à l’ordre du jour dans les semaines qui ont suivi, ce rapport est passé sous le radar et n’a pas soulevé de débats. Il risque toutefois d’être lourd de conséquences puisqu’il touche un secteur névralgique pour le développement économique et culturel du Québec.

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Liberté. 60 ans de luttes et d’idées

Alexis Tétreault - avatar Alexis Tétreault > Comptes rendus de Septembre 2020

Liberté60 ans de luttes et d’idées. La déroute des hérosMontréal, no 326 (hiver 2020) Pour qu’adviennent un raisonnement aiguisé et une pensée bien structurée, nous dit Alain Finkielkraut, il faut arriver à penser contre soi-même. C’est, on imagine, avec cette intention que les collaborateurs de la revue Liberté ont abordé leur dernier opus qu’ils ont nommé « 60 ans de luttes et d’idées. La déroute des héros ». Il s’agit de revisiter l’héritage de la revue et, plus généralement, l’histoire du Québec dans une perspective critique. Or, que ce soit contre soi-même, pour soi-même ou encore avec soi-même, il appert que la réflexion-tout-court n’est pas dans l’habitude desdits collaborateurs. Se penchant sur l’histoire du Québec, ils ne la méditent pas. Ils crachent leur mépris postmoderne suintant d’ingratitude sur cette histoire qu’ils ne connaissent que partiellement.

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Le confinement du français dans l’enseignement supérieur au Québec

Marc Chevrier - avatar Marc Chevrier > Cégeps 101

En cette période dite de « déconfinement » incertain, où l’apparent retour à la vie normale après plusieurs mois de réclusion abat une après l’autre les barrières érigées contre la pandémie de la COVID-19, subsiste une réalité, typique de ce coin d’Amérique, qui risque de rester longtemps confinée : la langue. Cette chère langue française, proclamée officielle depuis la loi 22 de Robert Bourassa adoptée en 1974, interminablement l’objet des soins et des corrections du législateur et des tribunaux. Mais pourquoi donc, après tous les débats que la protection de cette langue a suscités au Québec, serait-elle « confinée » ? C’est que, lorsqu’on regarde le traitement que le législateur québécois lui réserve, il est bavard pour certaines choses, et soudainement muet pour d’autres, au point qu’elle devient invisible, comme ces enfants illégitimes que l’on cachait jadis dans les familles et dont on taisait l’existence par toutes sortes de simagrées et des soupirs profonds.

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2012ete250L’embâcle a cédé. On ne parvient pas encore à bien identifier tout ce que les eaux tumultueuses du fleuve Québec vont continuer de charrier. Le dégel subit aura fait paraître encore plus long, plus froid ce long silence d’une société congelée dans son doute. Il faut avoir l’esprit chagrin pour ne pas faire la part des choses : la crise n’aura pas eu que du bon, autrement cela ne porterait pas le nom de crise. Mais elle aura eu au moins un effet bénéfique insoupçonné en déclenchant le formidable procès de la médiocrité ambiante.

Car c’est d’abord d’elle dont il s’est agi : médiocrité libérale répugnante d’un gouvernement qui a voulu jouer au plus fin et qui s’est enlisé dans sa propre gangue. Médiocrité médiatique à peu près généralisée où les cohortes de bonimenteurs ont fini par faire réaliser jusqu’à quel point le métier d’analyste et de commentateur est devenu rare et mal toléré. Médiocrité spectaculaire d’une élite économique incapable de s’élever au-dessus des lieux communs de la littérature d’aéroport, déconnectée et méprisante, grise de son statut de parvenue. Médiocrité bling-bling de décideurs qui ne décident rien sinon que de nous servir des simulacres d’appels à la hauteur de vue. On a même pu entendre les corporate welfare bums s’inquiéter de l’image de Montréal polluée par son propre peuple dans la rue pendant que les ministres déjeunent avec les mafieux, pendant que les sociétés de génie se coincent dans la corruption avec indemnité de départ à la clé et PDG anglais pour faire bonne mesure.

Mais on ne dira jamais assez l’incommensurable médiocrité de l’engeance gestionnaire des universités qui s’est tenue dans son silence pour n’en sortir que pour mieux renier sa responsabilité vis-à-vis le devoir de soutenir la connaissance, la pensée et la culture savante. Les rares fois où ils sont intervenus, nos grands recteurs n’ont rien fait d’autre que jargonner comptable, clientèle et parts de marché. On ne les a pas vus défendre la qualité de la vie académique et la liberté de la recherche : ils n’en avaient que pour les indicateurs de performance, les moyennes canadiennes et la concurrence mondialisée. Médiocres encore et toujours, ils auront raté une fois de plus l’occasion de saisir l’essentiel de ce qui s’est mis en mouvement dans la culture savante dont ils devraient pourtant savoir qu’elle trouve à l’université l’essentiel de ses artisans. La résistance active à la puissance de l’argent recommence à faire bouger le monde universitaire.

Ce que la crise a lancé c’est le procès des manœuvres qui visent à réduire la culture savante à l’expertise utilitariste, à la subordonner à l’ordre marchand. Le procès de l’université bussiness est entré dans une nouvelle phase. Déjà plusieurs essais avaient paru pour faire réaliser aux citoyens du Québec qu’une dérive idéologique malsaine encourage les bureaucrates universitaires à dévoyer l’institution, à ruiner ses fondements, à la retourner contre la société qui compte sur elle et la finance. On trouvera dans la présente livraison des comptes-rendus d’ouvrages qui donnent à penser le lien entre la connaissance et les institutions qui doivent la soutenir. On y trouvera aussi dans l’ensemble du numéro un effort constant et partagé pour fouiller la pensée. La culture savante a besoin d’instances critiques autant qu’elle a besoin de s’incarner dans une référence culturelle capable de faire lien entre le particulier et l’universel.

La crise des derniers mois aura bien illustré le manque culturel où le Québec souffre. Une société, un peuple minoritaire de surcroît dans un continent où il reste une incongruité, ne peut se développer en se complaisant dans la réduction de la culture au divertissement. Il faut un espace public large pour la culture savante, il faut une large place pour elle dans la vie culturelle. Nous avons découvert a contrario, que les développements de l’entertainment bussiness n’avaient rien du développement culturel en réalisant jusqu’à quel point les espaces critiques avaient disparu de l’espace médiatique, en endurant les vedettes du prêt-à-penser nous livrer des capsules d’insignifiance.

Une reconquête s’impose pour faire une place renouvelée au vrai travail de la culture savante dans la vie et le débat publics. Il faut refaire des lieux pour la vie des livres, des lieux qui remettront en question les contenus, pas les chiffres de vente. Il faut faire une place au questionnement des œuvres d’art qui aille au-delà du spectacle-à-ne-pas manquer. Il faut refaire les ponts entre la culture et l’école, car c’est là d’abord que se joue la véritable accessibilité à l’éducation. Il faut en finir avec cet étrange paradoxe d’une culture québécoise extraordinairement bouillonnante et la très faible densité des réseaux de relais qui permettraient aux œuvres de pénétrer en profondeur le tissu social, d’irriguer pleinement nos foyers symboliques.

De toutes les alluvions charriées par le fleuve puissant de la volonté de vivre qui a fait sauter l’embâcle de la morose médiocrité, celles qui feront fleurir la vie de l’esprit devraient retenir notre plus vive attention. En incitant à persévérer pour que se tiennent vraiment des États généraux de l’université qui aillent au-delà des soucis de boutiquiers. En redoublant d’effort pour mieux faire rayonner la vie des livres et de la pensée. En continuant le combat culturel pour se donner de meilleurs lieux, de meilleurs moyens pour tisser de meilleurs liens entre la pensée et les possibles.

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Mémoires 2019