Articles de Septembre 2020

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Pierre Mouterde. Les impasses de la rectitude politique

David Santarossa - avatar David Santarossa > Comptes rendus de Septembre 2020

Pierre MouterdeLes impasses de la rectitude politiqueVaria, 2019, 167 pages Plusieurs essais de 2019 ont porté sur la rectitude politique. L’empire du politiquement correct de Mathieu Bock-Côté critiquait à partir d’un point de vue conservateur ce mécanisme qui distingue avant toute discussion démocratique les idées acceptables de ceux qui ne le sont pas. De l’autre côté du spectre politique, Judith Lussier dans On peut plus rien dire, évoquait que le nouveau vocabulaire propre à la gauche, loin de censurer les débats, permettait plutôt une mise à jour des combats pour l’égalité de toutes les minorités. On attendait donc un essai venant de la gauche qui se ferait critique de ce phénomène. C’est vers la fin 2019 qu’est arrivé sur les tablettes Les impasses de la rectitude politique de Pierre Mouterde. Dans cet essai, l’auteur défend l’idée selon laquelle la gauche doit reprendre à son compte la critique de la rectitude politique, car il observe que dans l’espace...

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La constitution du Québec et la monarchie

André Binette - avatar André Binette > Septembre 2020

Dans une décision qui est passée inaperçue au cours de la pandémie, la Cour suprême a refusé d’entendre l’appel d’un jugement de la Cour d’appel qui a confirmé la validité d’une loi fédérale de 2013 sur la monarchie. Cette loi avait été contestée par deux professeurs de l’Université Laval, Geneviève Motard et Patrick Taillon, pour le motif que les modifications aux règles de désignation du chef de l’État canadien étaient soumises à la Constitution canadienne et au consentement de tous les États membres de la fédération, comme en Australie. Le rejet de cette position par les tribunaux a des conséquences constitutionnelles majeures :

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Liberté. 60 ans de luttes et d’idées

Alexis Tétreault - avatar Alexis Tétreault > Comptes rendus de Septembre 2020

Liberté60 ans de luttes et d’idées. La déroute des hérosMontréal, no 326 (hiver 2020) Pour qu’adviennent un raisonnement aiguisé et une pensée bien structurée, nous dit Alain Finkielkraut, il faut arriver à penser contre soi-même. C’est, on imagine, avec cette intention que les collaborateurs de la revue Liberté ont abordé leur dernier opus qu’ils ont nommé « 60 ans de luttes et d’idées. La déroute des héros ». Il s’agit de revisiter l’héritage de la revue et, plus généralement, l’histoire du Québec dans une perspective critique. Or, que ce soit contre soi-même, pour soi-même ou encore avec soi-même, il appert que la réflexion-tout-court n’est pas dans l’habitude desdits collaborateurs. Se penchant sur l’histoire du Québec, ils ne la méditent pas. Ils crachent leur mépris postmoderne suintant d’ingratitude sur cette histoire qu’ils ne connaissent que partiellement.

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La question corse entre autonomie et indépendance

Thierry Dominici - avatar Thierry Dominici > Septembre 2020

La Corse, île du Mare Nostrum de moins de 9000 km2 et d’environ 360 000 habitants, a adhéré très tôt à l’esprit de la République française (le 30 novembre 1789). Pourtant, pour la majorité des Français continentaux, l’île de Beauté est un territoire où règne l’anarchie sociale, la gabegie, la vendetta et le non-droit, le clientélisme, le banditisme et les violences des indépendantistes, auxquels vient se mêler paradoxalement en surimpression le tableau d’une région à la nature préservée, paradis du vacancier en quête de repos et d’authenticité. Influencée par ces images tirées de la littérature du XIXe siècle, une grande majorité de l’opinion nationale imagine l’ensemble des insulaires (originaires et habitants de l’île) comme étant une communauté fière et fruste aux mœurs souvent belliqueuses et archaïques. Étrange perception des insulaires, alors que ce n’est qu’à partir des années 1970 que l’idée qu’il existe une « question corse » dans l’ensemble national français a été popularisée et politisée...

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Marc Chevrier. L’empire en marche

Nicolas Bourdon - avatar Nicolas Bourdon > Comptes rendus de Septembre 2020

Marc ChevrierL’empire en marche. Des peuples sans qualités de Vienne à OttawaQuébec, Les Presses de l’Université Laval, 2019, 648 pages Le politicologue et essayiste Marc Chevrier a fait paraître en novembre 2019 aux PUL, en coédition avec Hermann à Paris, L’empire en marche, des peuples sans qualités de Vienne à Ottawa, un ouvrage magistral dans lequel il jette un regard nouveau et corrosif sur nombre de fédérations dont le Canada. Selon lui, l’empire n’est pas mort, il a simplement changé de nom. Alors que beaucoup considèrent le Canada comme une fédération et, qui plus est, une fédération exemplaire qui prend soin de ses minorités, Chevrier estime au contraire qu’il est un empire.

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Le confinement du français dans l’enseignement supérieur au Québec

Marc Chevrier - avatar Marc Chevrier > Cégeps 101

En cette période dite de « déconfinement » incertain, où l’apparent retour à la vie normale après plusieurs mois de réclusion abat une après l’autre les barrières érigées contre la pandémie de la COVID-19, subsiste une réalité, typique de ce coin d’Amérique, qui risque de rester longtemps confinée : la langue. Cette chère langue française, proclamée officielle depuis la loi 22 de Robert Bourassa adoptée en 1974, interminablement l’objet des soins et des corrections du législateur et des tribunaux. Mais pourquoi donc, après tous les débats que la protection de cette langue a suscités au Québec, serait-elle « confinée » ? C’est que, lorsqu’on regarde le traitement que le législateur québécois lui réserve, il est bavard pour certaines choses, et soudainement muet pour d’autres, au point qu’elle devient invisible, comme ces enfants illégitimes que l’on cachait jadis dans les familles et dont on taisait l’existence par toutes sortes de simagrées et des soupirs profonds.

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Le Big Brother canadien : rapport Yale sur l’avenir des communications au Canada

Denis Monière - avatar Denis Monière > Septembre 2020

Le 29 janvier 2020, un groupe d’experts nommés en juin 2018 remettait aux ministres de l’Innovation et du Patrimoine du Canada, Navdeep Bains et Steven Gilbeault, un rapport visant à affirmer la souveraineté canadienne en matière de technologies numériques et à moderniser les lois régissant le secteur des communications au Canada. Avec la pandémie qui s’est imposée à l’ordre du jour dans les semaines qui ont suivi, ce rapport est passé sous le radar et n’a pas soulevé de débats. Il risque toutefois d’être lourd de conséquences puisqu’il touche un secteur névralgique pour le développement économique et culturel du Québec.

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Confinement et indépendance

Rémi Villemure - avatar Rémi Villemure > Septembre 2020

Au tout début du tome 1 de Mes Mémoires (1878-1920), Lionel Groulx évoque l’enfance, qui fut la sienne, de façon merveilleuse. Élevé sur une petite ferme de la région de la Montérégie, celui qui deviendrait un jour l’intellectuel québécois le plus influent de la première moitié du XXe siècle se disait, dès son plus jeune âge, « prisonnier joyeux de son petit horizon ». Jusqu’à tout récemment, la formule empruntait à l’oxymore ses lettres de noblesse. Si elle prenait tout son sens au fil de la découverte de l’œuvre du chanoine, elle avait tout de même de quoi perturber le jeune lecteur de cette vaste composition. Puis, les temps ont changé.

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L’idéologie intersectionnaliste et la question nationale

Michel Roche - avatar Michel Roche > Septembre 2020

L’aspiration à l’indépendance exprimée dans divers secteurs de la population ou partis politiques est perçue, chez une partie de la gauche, tantôt avec indifférence, tantôt avec méfiance ou hostilité ouverte. L’un des paradoxes de cette gauche réside dans l’étiquette d’« identitaire » qu’elle inflige sans nuances aux indépendantistes tout en valorisant les multiples identités minoritaires.

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Éditorial - Rien ne va plus

Robert Laplante - avatar Robert Laplante > Septembre 2020

version PDF La légitimité du français au Québec ne va plus de soi. Tout au plus a-t-elle reçu quelques tièdes acquiescements quand une force politique avait entrepris d’en faire un enjeu d’État et pas seulement une affaire d’épanchements existentiels. La force aura été vacillante au point de devenir évanescente, plombée par la lutte acharnée menée contre notre peuple par l’État canadian et ceux qui le servaient et continuent de s’en réclamer, certes, mais surtout effarée de ce que l’expression de la volonté de puissance lui laissait entrevoir. Ottawa a bien saisi la menace. Les démissionnaires s’en sont fait un matériau.

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2013ete250Non, il ne s’agit pas d’un ouvrage de fiction. On n’y trouve guère l’esprit satirique et la critique de l’indigence intellectuelle qui ont marqué le premier roman québécois. La bataille de Londres, le livre de Frédéric Bastien a pourtant quelque chose en commun avec le roman de Philipe Aubert de Gaspé. La vaniteuse et butée quête d’or de Charles Amand y préfigure peut-être la perverse ténacité d’un Trudeau décidé à tout mettre en œuvre pour enfermer dans un coffre – sa Charte canadienne si fétichisée – la liberté d’un peuple auquel il a une honte névrotique d’appartenir.

Dans le monde des essais québécois, le travail de Bastien marque un moment charnière : il y a des lustres qu’un ouvrage n’avait eu une telle portée sur le politique. Voilà un essai qui n’éclaire pas seulement une tranche d’histoire, comme on dit familièrement, il en force une relecture radicale. L’expression « coup d’État », si elle avait déjà été utilisée, avait la plupart du temps été interprétée comme une métaphore, comme une figure très forte pour exprimer une indignation partisane. L’essai de Bastien établit désormais que les faits abolissent les artifices rhétoriques : un coup d’État a bel et bien été perpétré. L’ouvrage frappe dru et ne laisse au démenti que les arguments les plus démagogiques, ceux-là qui laissent aux légitimistes de tout acabit l’odieux soin d’ergoter pour dire que le fait n’est pas la chose puisqu’il y aurait manqué la violence, l’armée, le spectacle autoritariste.

Le cirque médiatique étant ce qu’il est, l’ouvrage est d’ores et déjà dans l’oblique des projecteurs. La canicule prochaine fera le reste. Il ne faut pas s’en étonner. Il faut tout simplement bien comprendre que le véritable travail revient désormais aux lecteurs. C’est à eux qu’il appartient d’éviter que le sort de l’ouvrage ne soit réduit qu’à celui du best seller jetable. C’est à eux désormais de faire résonner dans l’espace public la tonitruante logique de la démonstration de Bastien. Cet ordre conçu « pour durer mille ans », selon les dires de ce Trudeau-le-Fourbe, est un ordre illégitime. Le Canada de 1982 est une vaste imposture, une insulte à la démocratie. Les institutions qui l’ont rendu possible ne méritent que mépris et dégoût. Les manœuvres que Bastien décrit et documente donnent à voir ce qu’il en est de ces notables à perruque qui portent toge pour cacher la nudité d’un pouvoir qui confisque l’autorité du peuple. Le chartisme, Bastien le décrit dans une lumière crue, c’est l’affaire d’une élite qui se sert du droit pour détourner et asservir.

Ce n’est évidemment pas un hasard si l’obsession de Trudeau et sa capacité de mobiliser tout ce qu’il y avait de faux-jetons dans l’appareil juridique et dans la diplomatie canadian ont eu pour objet le statut du français. Les Canadiens français de service que Bastien donne à voir s’agiter pour casser le péril que représentait l’ambition d’un Québec français, ces « frincophones » là, n’ont de cesse de renier les exigences élémentaires de la loyauté à leur peuple. Ils couchent du côté du pouvoir et font carrière. Il fallait qu’un livre nous rappelle que ce qu’ils ont fait retombe et va continuer de retomber sur la tête de leurs enfants et petits-enfants.

La bataille de Londres aura relancé sur d’autres bases la guerre à la nation française d’Amérique. Jusqu’alors, en effet, cette guerre se déroulait entre deux camps dont la polarisation restait temporisée par une phalange d’hésitants qui, au gré des conjonctures, faisaient office de conciliateurs. Avec le coup d’État, la lutte est devenue exclusivement et essentiellement fratricide. Trudeau incarne une pulsion autodestructrice qui a dressé un ordre maléfique sous l’empire duquel le Québec s’use désormais en lui-même et par lui-même seul. Car il n’est plus désormais utile que les middle men s’acharnent à combattre leur peuple. Tout est en place pour qu’ils n’aient plus désormais qu’à suivre les parcours de carrière que leur dresse un ordre dans lequel ils n’auront plus jamais que des rôles secondaires, accessoires.

L’ordre né de la bataille de Londres est un ordre où la majorité gouverne sans partage, une majorité elle-même instrumentalisée par une élite qui se sert de la Charte pour mieux s’accommoder de la démocratie. On nous dit que l’ouvrage de Bastien n’a pas trouvé d’éditeur dans la langue du Canada. Rien là de surprenant quand on sait à qui profite le crime. Dès lors qu’il s’agit du Québec, l’establishment intellectuel du Canada n’a jamais de mal à s’accommoder d’une éthique à géométrie variable. On peut le déplorer, s’en désoler. Mais pas s’en surprendre. C’est leur affaire – et c’est une affaire de dominants. La bataille de Londres décrit en fait le dernier moment où les Canadiens français de service ont pris part à l’histoire du Canada. Même sur le devant de la scène, par la suite, ils ne seront plus que les jouets d’un ordre voué à les faire disparaître. Le Canada se fait désormais sans eux, sans nous. Il fait son affaire et peut lui chaut de savoir que les institutions qu’il vénère reposent sur un cloaque.

Voilà ce que le livre de Bastien réintroduit dans le débat politique québécois. Les partisans des « vraies affaires » et du « fruit pas mûr » sont désormais privés d’alibi : ils souscrivent plus ou moins hypocritement à un ordre qui n’a même plus besoin d’eux pour l’essentiel. En effet, le travail de minorisation définitive étant achevé, la politique fédérale au Québec n’est plus qu’une affaire de faux-jetons et de rhétorique de la fausse pudeur : cachez-moi ce minoritaire floué que nous ne voulons pas voir!

Telle est la puissance de ce livre. Ou bien il servira à redresser les paramètres du débat québécois ou bien il se dressera comme un monument pour rappeler la fausse conscience et le goût amer d’une lutte fratricide qui pourrait bien marquer la fin prévisible de l’aventure française en Amérique. Si les livres naissent bien souvent dans la solitude de leurs auteurs, ils vivent toujours dans l’environnement plus ou moins tourmenté de nombreux autres livres. Celui-ci ne fait pas exception à la règle et l’on ne peut le lire qu’en voyant surgir entre les lignes la colère magnifique d’un Marcel Rioux qui, devant le spectacle des faux-frères triomphants aux côtés de la reine du Canada, avait cru nécessaire de publier un pamphlet auquel l’essai de Bastien donne une nouvelle pertinence. On commencera l’été du bon pied en goûtant la formidable charge ironique de ce petit bijou intitulé Pour prendre publiquement congé de quelques salauds.

 

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