Articles de Septembre 2020

Prévisions des effectifs au collégial. Un modèle trompeur

Frédéric Lacroix - avatar Frédéric Lacroix > Cégeps 101

Le ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur (MEES) utilise un modèle de prévision des effectifs au collégial pour guider le développement futur du réseau. Ce modèle, qui ne tient pas compte de la dynamique linguistique qui se déploie actuellement au Québec et à Montréal en particulier, minimise le développement futur et la place grandissante qu’occupent et qu’occuperont les cégeps anglais au Québec.

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Liberté. 60 ans de luttes et d’idées

Alexis Tétreault - avatar Alexis Tétreault > Comptes rendus de Septembre 2020

Liberté60 ans de luttes et d’idées. La déroute des hérosMontréal, no 326 (hiver 2020) Pour qu’adviennent un raisonnement aiguisé et une pensée bien structurée, nous dit Alain Finkielkraut, il faut arriver à penser contre soi-même. C’est, on imagine, avec cette intention que les collaborateurs de la revue Liberté ont abordé leur dernier opus qu’ils ont nommé « 60 ans de luttes et d’idées. La déroute des héros ». Il s’agit de revisiter l’héritage de la revue et, plus généralement, l’histoire du Québec dans...

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La question corse entre autonomie et indépendance

Thierry Dominici - avatar Thierry Dominici > Septembre 2020

La Corse, île du Mare Nostrum de moins de 9000 km2 et d’environ 360 000 habitants, a adhéré très tôt à l’esprit de la République française (le 30 novembre 1789). Pourtant, pour la majorité des Français continentaux, l’île de Beauté est un territoire où règne l’anarchie sociale, la gabegie, la vendetta et le non-droit, le clientélisme, le banditisme et les violences des indépendantistes, auxquels vient se mêler paradoxalement en surimpression le tableau d’une région à la nature préservée...

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Le confinement du français dans l’enseignement supérieur au Québec

Marc Chevrier - avatar Marc Chevrier > Cégeps 101

En cette période dite de « déconfinement » incertain, où l’apparent retour à la vie normale après plusieurs mois de réclusion abat une après l’autre les barrières érigées contre la pandémie de la COVID-19, subsiste une réalité, typique de ce coin d’Amérique, qui risque de rester longtemps confinée : la langue. Cette chère langue française, proclamée officielle depuis la loi 22 de Robert Bourassa adoptée en 1974, interminablement l’objet des soins et des corrections du législateur et des tribunaux...

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Pierre Mouterde. Les impasses de la rectitude politique

David Santarossa - avatar David Santarossa > Comptes rendus de Septembre 2020

Pierre MouterdeLes impasses de la rectitude politiqueVaria, 2019, 167 pages Plusieurs essais de 2019 ont porté sur la rectitude politique. L’empire du politiquement correct de Mathieu Bock-Côté critiquait à partir d’un point de vue conservateur ce mécanisme qui distingue avant toute discussion démocratique les idées acceptables de ceux qui ne le sont pas. De l’autre côté du spectre politique, Judith Lussier dans On peut plus rien dire, évoquait que le nouveau vocabulaire propre à la gauche, loin de censurer les...

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Le localisme : quel modèle pour le Québec ?

Pascal Leduc - avatar Pascal Leduc > Septembre 2020

La crise sanitaire actuelle a plongé le Québec dans une profonde réflexion sur la gestion de son économie. À gauche comme à droite, on s’interroge sur la meilleure façon de promouvoir l’économie locale, de réduire la dépendance internationale sur les biens et produits sensibles tout en continuant de favoriser le flux des échanges économiques transfrontaliers. À moins de fréquenter les gens à gauche de la gauche, on ne trouve plus personne pour militer pour des...

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Marc Chevrier. L’empire en marche

Nicolas Bourdon - avatar Nicolas Bourdon > Comptes rendus de Septembre 2020

Marc ChevrierL’empire en marche. Des peuples sans qualités de Vienne à OttawaQuébec, Les Presses de l’Université Laval, 2019, 648 pages Le politicologue et essayiste Marc Chevrier a fait paraître en novembre 2019 aux PUL, en coédition avec Hermann à Paris, L’empire en marche, des peuples sans qualités de Vienne à Ottawa, un ouvrage magistral dans lequel il jette un regard nouveau et corrosif sur nombre de fédérations dont le Canada. Selon lui, l’empire n’est pas mort, il a simplement changé...

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Confinement et indépendance

Rémi Villemure - avatar Rémi Villemure > Septembre 2020

Au tout début du tome 1 de Mes Mémoires (1878-1920), Lionel Groulx évoque l’enfance, qui fut la sienne, de façon merveilleuse. Élevé sur une petite ferme de la région de la Montérégie, celui qui deviendrait un jour l’intellectuel québécois le plus influent de la première moitié du XXe siècle se disait, dès son plus jeune âge, « prisonnier joyeux de son petit horizon ». Jusqu’à tout récemment, la formule empruntait à l’oxymore ses lettres de noblesse. Si elle prenait tout son...

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Distanciation nationale

Philippe Lorange - avatar Philippe Lorange > Septembre 2020

Les Québécois forment un drôle de peuple. À plusieurs reprises, on nous a dépeints comme étant habités de désirs contradictoires, et d’une incapacité à trancher. Nous voulons un Québec libre dans un Canada uni, comme disait l’autre. Ce trait d’ambiguïté révèle peut-être une forme d’immaturité collective et le signe d’une conscience nationale détournée, mais toujours tapie au fond de notre être. Notre intuition la plus haute, dans des moments fugitifs, sait ramener nos aspirations fondamentales...

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Enseignement à distance : pas si nouveau que cela

Laurence St-Germain - avatar Laurence St-Germain > Septembre 2020

Au mois de mai dernier, les étudiants québécois ont appris à contrecœur que la rentrée automnale dans les universités et les cégeps se déroulerait majoritairement à distance. En tant qu’étudiante, je me désole de voir que tout ce qu’il y a de plus humain, de plus formateur, de plus enrichissant dans un enseignement en présentiel entre un maître et son élève nous soit enlevé, sans autre forme de procès, au profit d’un apprentissage numérique, et...

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L’idéologie intersectionnaliste et la question nationale

Michel Roche - avatar Michel Roche > Septembre 2020

L’aspiration à l’indépendance exprimée dans divers secteurs de la population ou partis politiques est perçue, chez une partie de la gauche, tantôt avec indifférence, tantôt avec méfiance ou hostilité ouverte. L’un des paradoxes de cette gauche réside dans l’étiquette d’« identitaire » qu’elle inflige sans nuances aux indépendantistes tout en valorisant les multiples identités minoritaires.

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Éditorial - Rien ne va plus

Robert Laplante - avatar Robert Laplante > Septembre 2020

version PDF La légitimité du français au Québec ne va plus de soi. Tout au plus a-t-elle reçu quelques tièdes acquiescements quand une force politique avait entrepris d’en faire un enjeu d’État et pas seulement une affaire d’épanchements existentiels. La force aura été vacillante au point de devenir évanescente, plombée par la lutte acharnée menée contre notre peuple par l’État canadian et ceux qui le servaient et continuent de s’en réclamer, certes, mais surtout effarée de...

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À chaud

GNL-SAGUENAY

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Projet de construction d’un complexe de liquéfaction de gaz naturel à Saguenay

Mémoire présenté au BAPE sur le projet GNL/Gazoduq par le Mouvement Québec Indépendant et L’Action nationale

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« Montréal, territoire autochtone non cédé » est une déclaration que les autorités montréalaises répètent encore tout en témoignant de timides efforts pour jeter des ponts avec les Premières Nations. Les Mohawks (Agniers, Kanien’kehaka), pour leur part, prétendent être victimes d’ostracisme puisqu’on n’accepte pas leur tradition orale pour corroborer leur thèse historique1. Les Québécois, qui maitrisent mal leur histoire nationale, sont confondus entre la méfiance et la culpabilité. Or, l’attitude historique des Québécois à l’égard des Premières Nations est complètement différente de celle des autres Européens qui ont colonisé les Amériques. La Ville de Montréal devrait faire plus que de planter un arbre : elle devrait faire un effort toponymique en récusant le rôle d’Amherst tout en saluant le rôle de Kondiaronk, grand chef wendat (huron). Elle devrait réclamer une commémoration annuelle nationale de la Grande Paix de Montréal. Il devrait y avoir à Montréal une Place de la Grande Paix. Voici quelques faits qui pourraient contribuer à clarifier la situation.

Iroquoïens et Iroquois

Au Québec, il y a 11 nations autochtones. Ces nations font partie de trois grandes familles linguistiques : les Inuits, les Algonquiens et les Iroquoïens2. Les Inuits (Esquimaux) vivent dans le Grand Nord. Les Algonquiens regroupent toutes les Premières Nations de la Nouvelle-Angleterre, des provinces maritimes, du Québec, de l’Ontario, du Manitoba et des états américains de la région des Grands Lacs à l’exception de celles installées dans la vallée du Saint-Laurent, de Québec à Détroit et du nord de l’état de New York3.

Dans la grande famille des Algonquiens, il y a les Anishinabegs (Algonquins) qui occupent notamment le nord de l’Ontario, l’Abitibi-Témiscamingue et l’Outaouais au Québec. Le territoire de la nation Cri est à la Baie-James. Il y a la nation atikamekw (Attikamek, Attikamègue) qui est en Mauricie4. Le territoire de la nation Innu (Montagnais) est le Saguenay–Lac-Saint-Jean et la région de la Côte-Nord5. Les territoires ancestraux des Abénakis (Abénaquis, Wabanakis), quant à eux, chevauchent entre autres les États américains du Maine, du New Hampshire et du Vermont ainsi que la partie de la chaîne des Appalaches qui est au Québec6. Il y a aussi les Naskapis qui résident dans la région de Schefferville. Les Micmacs ont leurs territoires en Gaspésie et au Nouveau-Brunswick. Enfin, les Wolastoqiyik (Etchemins, Malécites) habitent le Bas-Saint-Laurent et sont aussi présents au Nouveau-Brunswick7.

Leur mode de vie traditionnel était nomade et se fondait sur la cueillette, la chasse et la pêche. Ils vivaient dans des wigwams et déplaçaient régulièrement leur village. Ces nations vivaient en relative harmonie les unes avec les autres, du moins depuis l’arrivée des Européens8.

Les Iroquoïens comprennent les Iroquois (Haudenosaunee), mais aussi les Wendats, les Tionontati (Pétuns), les Chonnontons (Neutres) qui étaient installés en Ontario et, les Aniyunwiyas (Cherokees) installées eux, aux États-Unis, pour ne citer que quelques nations. Les Iroquois sont, quant à eux, un regroupement au départ de 5 nations iroquoïennes et maintenant de 7, dont les territoires ancestraux sont situés dans l’état de New York au sud du lac Ontario et au nord de la rivière Mohawk9.

Lorsque Jacques Cartier, au XVIe siècle, a visité la vallée du Saint-Laurent, il y avait des nations iroquoïennes qui occupaient, entre autres, Montréal et Québec10. Ces nations n’étaient pas des Iroquois. Elles étaient des nations distinctes11. D’autant que leurs territoires étaient séparés de celui des Mohawks par celui d’une autre nation iroquoise, les Oneidas (Onneiouts, Tiioeniotes) qui occupaient le nord de l’actuel état de New York12.

Mais, 60 ans plus tard, lorsque Samuel de Champlain est arrivé à Québec, les nations iroquoïennes du Saint-Laurent n’étaient plus là. Les historiens et les archéologues se perdent en conjectures sur ce qui leur est arrivé. Ces nations ont pu avoir été décimées par les maladies contractées au contact des Européens13. Samuel de Champlain affirme, quant à lui, que les Iroquois cherchaient depuis 1570 à contrôler le Saint-Laurent afin d’avoir un accès plus libre aux fournitures européennes que la traite des fourrures procurait déjà à cette époque14. Les survivants des Iroquoïens du Saint-Laurent se seraient réfugiés en Huronie15.

Les Iroquoïens, à l’époque, avaient un mode de vie semi-sédentaire. Ils étaient des agriculteurs-chasseurs16. Ils vivaient dans des maisons longues qui ressemblaient à des granges où plusieurs familles résidaient. Ces maisons qui pouvaient être très nombreuses étaient regroupées dans des villages fortifiés par des palissades de bois. Les femmes étaient cultivatrices et exploitaient de grands champs notamment de maïs et de tournesol. Les hommes allaient à la chasse17. Certaines nations avaient des spécialités. Par exemple, les Wendats, dont les territoires ancestraux sont en Ontario, sur les rives du lac Huron, étaient des commerçants1819,.

La grande alliance de 1603

En 1602, des émissaires innus se rendent en France. Ils y rencontrent le roi Henri IV avec lequel ils négocient une alliance. Mandaté par le roi, Champlain conclut une entente l’année suivante, en 1603, avec Anadabijou20, chef innu, au nom de la coalition laurentienne21. La coalition laurentienne comprend outre les Innus, les Anishinabegs, les Wolastoqiyik (Etchemins, Malécites) et les Wendats22. L’entente stipule que les Français pourront s’installer dans le territoire inoccupé de la vallée du Saint-Laurent à la condition de faire la guerre aux Iroquois, notamment à la nation mohawk23. Champlain le fera à trois reprises à la suite desquelles une trêve sera négociée avec les Iroquois24. En d’autres termes, les Français peuvent désormais occuper un territoire inoccupé à la demande d’une première nation en concordance avec les traditions des Premières Nations. Mais, à la demande expresse de Premières Nations, ils devront faire la guerre aux Iroquois même si la première option privilégiée par le roi Henri IV est de faire la paix avec les Iroquois25.

En 1615, Champlain ira attaquer les Senecas (Tsonnontouans), une autre nation iroquoise, à la demande des Wendats, eux-mêmes des Iroquoïens installés en Ontario. Cela scelle l’intégration des Wendats dans la grande alliance. Les premiers missionnaires iront s’installer en Huronie26.

Le 5 août 1689

Les Mohawks et les autres nations iroquoises feront systématiquement la guerre avec leurs voisins pour préserver leur monopole de traite des fourrures avec les Hollandais, puis à partir des années 1660 avec les Américains (colons britanniques) d’Albany. Ils agrandiront leur territoire de chasse pour garantir les approvisionnements et ils devront prouver leur loyauté aux Américains.

C’est ainsi qu’ils détruiront les Mohicans en 1628. Les Mohicans étaient des Algonquiens dont le territoire était voisin de celui des Mohawks sur la rive est du fleuve Hudson27. Dans les années 1630, les Mohawks feront de nombreuses incursions au Québec chez les Algonquins en Outaouais, chez les Atikamekws et chez les Innus du Lac-Saint-Jean. L’objectif est de couper les lignes d’approvisionnement en fourrures et, si possible, intercepter les cargaisons28.

Par ailleurs, en 1637, les Américains détruisent les Péquots et les autres nations du Connecticut29. Les Mohawks tueront les Péquots qui viendront chercher refuge chez eux30. Les relations entre les Américains et les premières nations sont mauvaises sauf celles des Iroquois. Les autres premières nations en sont conscientes.

En 1650, les Iroquois détruisent les nations Wendats et dispersent les nations iroquoïennes voisines de la Huronie. Des Wendats partent ainsi de l’Ontario pour se réfugier à Québec31. La tension monte. Montréal et surtout Trois-Rivières et même Québec sont régulièrement attaquées. Les Français de la vallée du Saint-Laurent parlent ouvertement de retourner en France32. Les nations algonquiennes demandent elles aussi refuge et s’installent à proximité des villes33.

En 1665, finalement, des régiments de l’armée française, dont le régiment Carignan Salières, débarquent à Québec. Ils font deux expéditions en territoire Mohawk. Il n’y aura pas de victimes chez les Amérindiens, mais des villages seront détruits. Les soldats construiront des forts sur la rivière Richelieu. Un peu plus du tiers des effectifs s’installeront au Québec. Les Iroquois feront une trêve34.

Durant les années 1670, les Mohawks iront soutenir les Américains dans la guerre du roi Philip, nom donné à Metacomet, chef de la nation Wampanoag. Outre cette nation du Massachusetts, les Narragansetts du Rhode Island sont aussi impliqués. Les deux nations sont détruites. Cette guerre sonnera le glas des premières nations en Nouvelle-Angleterre35. Seuls les Abénakis continueront la résistance36. Une partie d’entre eux, les Sokokis notamment, viendront demander refuge au début des années 1680 au comte de Frontenac. Les communautés d’Odanak et de Wôlinak ont ainsi été créées37.

Durant les années 1680, les affrontements reprendront de plus belle avec les Iroquois. Des expéditions militaires commandées par de la Barre38 et de Denonville39 seront infructueuses. En 1689, de Denonville est relevé de sa charge et Frontenac est le nouveau gouverneur général. Il arrive en octobre40.

Cependant, dans la nuit du 5 août 1689, 1 000 Iroquois font un carnage à Lachine. Ils sont contenus et ne se rendent pas à Montréal. Mais la population est tétanisée. Frontenac constate, Frontenac riposte. À l’hiver 1690, trois détachements militaires composés de Québécois (Canadiens) et d’Amérindiens partent de Montréal, Trois-Rivières et Québec. Ils vont attaquer les Américains. Les villages de Schenectady, Salmon Falls et Casco41 sont rasés. Frontenac n’attaque pas les Iroquois, mais les Américains qu’il tient responsables des agressions iroquoises. Il appuie ainsi aussi les Abénakis qui ont compris que leur survie comme nation est menacée par les Américains42. Les Américains répliquent en envoyant le général Phipps attaquer Québec. Frontenac répondra par la « bouche de ses canons ». L’armada américaine de 34 vaisseaux et 2 300 hommes, défaite, reprendra le chemin de Boston dans le désordre43.

La Grande Paix de 1701

Les années 1690 seront ainsi ponctuées de raids contre les Iroquois et contre les Américains44. Les Iroquois seront attaqués par des détachements composés de Québécois et d’Amérindiens envoyés depuis Montréal. D’autres contingents composés d’Amérindiens sous commandement québécois partiront de la région des Grands Lacs, les Pays d’en haut45. Ce sont d’ailleurs ces expéditions d’Amérindiens qui seront les plus meurtrières46.

Les premières nations font le constat que les Européens établis dans les Amériques concourent à leur disparition ou, à tout le moins, à les spolier de leur territoire47. Les Québécois, contre l’avis du gouvernement français, soutiennent les premières nations. Selon les habitants de la vallée du Saint-Laurent et leurs chefs, seule une alliance avec les Premières Nations peut garantir la survie et leur avenir de tout un chacun48. Il faut contenir les Américains sur la côte est et, par conséquent, étendre la Grande Alliance aux Grands Lacs et à la vallée du Mississippi jusqu’au golfe du Mexique.

Ce sera l’esprit de la Grande Paix qui sera préparée et négociée pendant 10 ans par Frontenac et qui sera paraphées par de Callière en 1701 à Montréal. Les négociations sont faites de nation à nation selon les termes mêmes de Frontenac49. Les frères LeMoyne iront par la suite fonder Biloxi et La Nouvelle-Orléans. Le gouvernement français est désormais convaincu de l’importance de l’alliance avec les Premières Nations50. La Grande Paix est une entente militaire et commerciale entre les Québécois et les Premières Nations du nord-est de l’Amérique du Nord. Elle a pour objet de garantir l’intégrité de leurs territoires respectifs51.

Une catastrophe pour les Québécois et les Acadiens, une calamité pour les premières nations

De 1700 à 1754, il y aura plusieurs dizaines d’expéditions militaires qui auront pour objectif d’assurer le respect des termes de la Grande Paix. D’autres Premières Nations se joindront à l’alliance. La plupart des expéditions militaires auront des objectifs américains soit pour neutraliser des incursions soit par mesure préventive52. Les Abénakis multiplieront les raids en Nouvelle-Angleterre53.

Il y aura trois expéditions contre des nations amérindiennes dont une contre les Renards, signataires de la Grande Paix, mais qui refusaient de se conformer. Ils furent dispersés par un détachement d’Amérindiens sous commandement québécois54. Toutefois, ils réintègreront l’alliance par la suite.

La guerre de Sept Ans, celle qui se soldera par la cession de la Nouvelle-France à l’Angleterre, a été provoquée par une de ces incursions militaires des Américains. George Washington, lui-même, fut celui qui commença les hostilités en 175455. Il attaqua une ambassade composée de 31 militaires québécois envoyés par de Contrecœur pour demander aux Américains de cesser d’occuper illégalement un territoire dans la région de Pittsburgh56.

C’est d’ailleurs la riposte victorieuse des Québécois à cet incident diplomatique qui déclencha la déportation des Acadiens par des troupes américaines sous commandement britannique. Une déportation à l’image de celles imposées aux Premières Nations57.

Au lendemain du traité de Paris de 1763, les Britanniques sont désormais maîtres de la Nouvelle-France à l’exception de la Louisiane. L’Acte de Québec de 1774 confirme qu’ils ne cèdent pas les territoires indiens aux Américains58. De plus, ils taxent ces derniers pour rembourser les dettes de la guerre de Sept Ans. Les Américains sont furieux. Ils feront leur indépendance avec l’aide des Français en 177659. Mais ils continueront leur politique d’expulsion, de dispersion et de destruction des premières nations. Certains, comme les Sioux ou les Apaches seront célèbres pour leur résistance. Les Québec et d’autres provinces canadiennes seront souvent des refuges pour ces exilés60.

Terre de refuge pour des premières nations

La capitale de l’état de New York, Albany, est située à plus de 350 km au sud de Montréal. Elle a été construite à proximité du confluent de deux cours d’eau. Le premier est le fleuve Hudson qui se jette dans l’océan Atlantique à New York. Le deuxième est la rivière Mohawk qui a servi de matrice à la construction du canal Érié qui fut, à une certaine époque, un compétiteur au canal Lachine61.

C’est ainsi que la vallée de la Mohawk est le territoire ancestral des résidents actuels de Kahnawake. C’est là que se situaient leurs villages avant la guerre d’indépendance des États-Unis62. Comme les Mohawks ont pris position contre les Américains à cette occasion, plusieurs sont venus se réfugier au Québec63. Entre 1784 et 1800, les Mohawks ont vendu leurs terres ancestrales aux Américains et n’occupent plus la vallée de la rivière Mohawk depuis64.

Les Wendats se sont vus accorder une seigneurie suite à leur expulsion de la Huronie65. Les Abénakis auront leur seigneurie au lendemain de la Guerre du roi Philip. Des Iroquois viendront aussi se réfugier au Québec à deux endroits66.

Les pratiques guerrières des premières nations à l’époque consistaient à ramener femmes, enfants et adultes encore valides en captivité. Ce n’est pas une exclusivité, la plupart des peuples de l’Antiquité faisaient la même chose. Parmi les adultes valides, certains étaient destinés à la torture et à la mort67.

Ces captifs étaient « adoptés ». Selon les rapports établis avec leurs « parents adoptifs », leur sort pouvait être plus ou moins agréable : de l’esclavage à la bienveillance parentale68. Cependant les enfants grandissaient ; les femmes devenaient mères d’enfants iroquois. Comme certains d’entre eux avaient été convertis au christianisme, ils finissaient par réclamer des missionnaires qui continuaient leur évangélisation des autres Iroquois. En outre, les nombreux conflits avec les Iroquois ont donné lieu à des trêves dont les termes ont parfois donné lieu à l’envoi de missionnaires sur leur territoire : des otages en quelque sorte69. Cependant, il finissait par y avoir des tensions entre les Amérindiens chrétiens et les traditionalistes. C’était d’ailleurs déjà le cas même chez les Wendat en Huronie.

C’est la raison pour laquelle, les Jésuites ont rapidement ouvert des missions au Québec. Kahnawake est établie en 1667. En 1675, ce sont les Sulpiciens qui ouvrent une mission au pied du Mont-Royal. On y retrouve des Iroquois, des Hurons et des Algonquins. La mission sera déménagée au Sault-au-Récollet en 1696. En 1705, elle sera à nouveau déménagée à Oka. Ainsi est née Kanesatake. Le gouvernement britannique accordera en 1850 aux Mohawks de Kahnawake un territoire de chasse à proximité de Sainte-Lucie des Laurentides. Akwesasne sera fondée à Saint-Régis en 1750 suite à un conflit interne à Kahnawake70.

Ces Amérindiens, ainsi que d’autres, dits domiciliés, installés à proximité des forts participeront à la plupart des expéditions militaires. Cependant, parmi eux, les Iroquois éviteront de participer aux raids contre les nations iroquoises.

Les réclamations territoriales

Au fil des années, ces territoires accordés à certaines Premières Nations ont été plus ou moins grugés pour toute sorte de raisons. Leurs réclamations de revenir à l’intégrité initiale des territoires sont légitimes. Les autres Premières Nations historiquement établies au Québec revendiquent d’autres types de droits sur des territoires souvent immenses. Leurs réclamations sont elles aussi légitimes. Certaines ont d’ailleurs été reconnues, notamment celles de Cris de la Baie-James. Mais les Mohawks ne peuvent réclamer des droits sur l’ile de Montréal. Les Wendats, si on se fie aux écrits de Champlain, auraient des prétentions plus solides. Selon l’historien Denys Delâge, des ententes et des traités conclus avec le gouvernement britannique après 1763 accorderaient des droits sur l’ile de Montréal plutôt aux Anishinabegs71.

L’alliance des Québécois avec les Premières Nations

Le rôle historique qu’a joué le peuple québécois dans l’histoire des premières nations devrait être rappelé. Bien sûr, l’Église catholique ne s’est pas toujours comportée comme une sainte aux XIXe et au XXe siècles. Les services actuellement donnés par le gouvernement du Québec sont loin d’être parfaits. L’attitude individuelle de trop de Québécois est encore souvent raciste ou méprisante. Mais le peuple québécois ne mérite pas d’être placé par les Premières Nations sur le même pied que le peuple américain.

D’autre part, les Québécois n’ont aucune occasion officielle de commémorer la nature de leurs relations avec les premières nations. Or, la Grande Alliance de Baie-Sainte-Catherine et la Grande Paix de Montréal sont des événements déterminants de l’histoire de ce continent, de l’histoire des Premières Nations et de l’histoire du peuple québécois. La Grande Paix de Montréal témoigne de la détermination historique des Premières Nations à vivre, à conserver leurs territoires et à préserver leur culture. La Grande Paix de Montréal témoigne aussi de la volonté des Québécois à soutenir cette détermination. Il y a eu, bien sûr, d’autres motivations périphériques de part et d’autre. Mais cet aspect historique de la Grande Paix mériterait à lui seul, une commémoration nationale annuelle à Montréal. Un petit geste toponymique qui ne couterait pas cher aux autorités de la ville de Montréal serait de changer le nom de la rue Amherst pour celui de Kondiaronk, grand chef wendat. Il fut un interlocuteur déterminant de la Grande Paix et il est d’ailleurs décédé, ici à Montréal, durant les négociations. Un geste conséquent serait aussi de désigner un grand espace : Place de la Grande Paix.

 

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1 Romain Schué, « Montréal, territoire autochtone non cédé : polémique autour d’une phrase controversée », Métro, 11 décembre 2017

2 Roland Viau, Enfants du néant et mangeurs d’âmes : guerre, culture et société en Iroquoisie ancienne, Montréal, Montréal : Boréal, 2000, coll. « Collections : Boréal Compact ». p. 15

3 Denys Delâge, Le pays renversé : Amérindiens et Européens en Amérique du Nord-Est, 1600-1664, Montréal, Boréal, 1991.

4 Bruce G. Trigger, Les Indiens, la fourrure et les blancs : [Français et Amérindiens en Amérique du Nord], Montréal, Boréal, 1992, coll. « Boréal Compact ; 38 ».

5 Nelson-Martin Dawson, Fourrures et forêts métissèrent les Montagnais : regard sur les sang-mêlés au Royaume du Saguenay, Québec, QC, Québec, QC : Septentrion, 2011.

6 Joseph Anselme Maurault, Histoire des Abénakis, depuis 1605 jusqu’à nos jours, A l’atelier typographique de la « Gazette de Sorel », 1866.

7 Secrétariat aux affaires autochtones Ministère du Conseil exécutif, « Profils des nations autochtones du Québec », <http://www.autochtones.gouv.qc.ca/relations_autochtones/profils_nations/profil.htm>, (28 mai 2018).

8 Georges Erasmus et René Dussault, Rapport de la Commission royale sur les peuples autochtones, Ottawa, Groupe Communication Canada, 1996, coll. « Commission Dussault-Erasmus ».

9 Bruce G. Trigger, Les Indiens, la fourrure et les blancs, op. cit.

10 D. Delâge, Le pays renversé…, op. cit., p. 55.

11 Olive Patricia Dickason, Les Premières Nations du Canada, Sillery, Québec, Septentrion, 1996. p. 93

12 R. Viau, Enfants du néant et mangeurs d’âmes : guerre, culture et société en Iroquoisie ancienne, op. cit., p. 73

13 Roland Viau, Amerindia : essais d’ethnohistoire autochtone, Montréal, Presses de l’Université de Montréal, 2015, p. 17.

14 Léo-Paul Desrosiers, Iroquoisie 1534-1652, Sillery, Québec, Sillery, Québec : Septentrion, 1998, vol. 1. p. XIX

15 Ibid. p. 45.

16 Olive Patricia Dickason, Les Premières Nations du Canada, Sillery, Québec, Septentrion, 1996, p. 64.

17 Ibid.

18 R. Viau, op. cit., p. 31

19 L.-P. Desrosiers, op. cit., p. 99.

20 N.-M. Dawson, Fourrures et forêts métissèrent les Montagnais : regard sur les sang-mêlés au Royaume du Saguenay, op. cit., p. 19.

21 Camil Girard et Jacques Kurtness, « Premier Traité de l’histoire de la Nouvelle-France en Amérique. L’Alliance de 1603 (Tadoussac) et la a souveraineté des peuples autochtones du Québec », Veracruz, México, Université de Xalapa, 2011, p 7.

22 Ibid. p. 8

23 L.-P. Desrosiers, op. cit., p. 10.

24 D. Delâge, Le pays renversé…, op. cit., p. 106.

25 L.-P. Desrosiers, op. cit.

26 D. Delâge, Le pays renversé…, op. cit., p. 106.

27 L.-P. Desrosiers, op. cit., p. 96.

28 Ibid. p. 106.

29 Colin C. Calloway, « Chapter 1: Introduction : Surviving the Dark Ages.. », dans After King Philip’s War : Presence & Persistence in Indian New England, US, University Press of New England, 1997, p. 4.

30 L.-P. Desrosiers, op. cit., p. 150

31 Ibid.

32 Ibid.

33 Ibid.

34 Gilles Havard et Cécile Vidal, Histoire de l’Amérique française, Paris, Flammarion, 2008. p. 101.

35 Colin G. Calloway, After King Philip’s War : Presence and Persistence in Indian New England, UPNE, 2000.

36 J.A. Maurault, op. cit., p. 163.

37 Ibid. p. 175

38 Samuel Mourin, Porter la guerre aux Iroquois : les expéditions françaises contre la Ligue des Cinq Nations à la fin du XVIIe siècle, Québec, Éditions GID, 2009. P. 70.

39 Ibid.

40 W. J. Eccles, Frontenac, Montréal, Montréal : HMH, 1962.

41 S. Mourin, op. cit., p. 50.

42 Alain Beaulieu et Arnaud Balvay, Guerre et paix en Nouvelle-France, Saint-Foy, Québec, Éditions GID, 2003. p. 143.

43 G. Havard et C. Vidal, op. cit., p. 112.

44 Louise Dechêne, Le peuple, l’État et la guerre au Canada sous le Régime français, Montréal, Boréal, 2008.

45 A. Beaulieu et A. Balvay, op. cit., p. 142.

46 L. Dechêne, op. cit.

47 Denys Delâge, « Les Premières Nations et la Guerre de la Conquête (1754-1765) », Les Cahiers des dix, 2009, p. 10.

48 Gilles Havard, La Grande Paix de Montréal de 1701, Montréal, Recherches amérindiennes au Québec, 1992, collection Voies de la diplomatie franco-amérindienne, p. 95.

49 Ibid. p. 167.

50 Ibid. p. 177.

51 Ibid. p. 36.

52 L. Dechêne, op. cit.

53 J.A. Maurault, op. cit.

54 D. Delâge, « Les Premières Nations… », op. cit., p. 1.

55 Ibid. p. 17.

56 Ibid. p. 17.

57 Nicolas Landry, Histoire de l’Acadie, Sillery, Québec, Éditions du Septentrion, 2001.p. 85.

58 O.P. Dickason, Les Premières Nations du Canada, op. cit p. 181.

59 Robert Lacour-Gayet, Histoire des États-Unis des origines jusqu’à la fin de la guerre civile, Paris, Paris A. Fayard, 1976, coll. « Collections : Les grandes études historiques ». p. 146-147.

60 O.P. Dickason, op. cit., p. 183.

61 Erie Canalway, « Erie Canalway National Heritage Corridor : Erie Canal- East », 2018, <https://eriecanalway.org/explore/plan-your-visit/region/mohawk-hudson-valleys>, (14 mai 2018).

62 L.-P. Desrosiers, op. cit., p. 68.

63 Barbara Graymont et Frank W. Porter III, « Chapter 7: Decline and Revival », dans Iroquois, US, Facts on File, 1989.

64 Ibid.

65 D. Delâge, Le pays renversé…, op. cit., p. 296.

66 L.-P. Desrosiers, op. cit., p. XXVI.

67 R. Viau, op. cit., p. 126.

68 Ibid. p. 132.

69 D. Delâge, Le pays renversé…, op. cit., p. 158.

70 Barbara Graymont et Frank W. Porter III, « Chapter 6: Warfare And Diplomacy », dans Iroquois, US, Facts on File, 1989.

71 Denys Delâge, « Droits ancestraux et issus de traités à Montréal », La Presse+, 27 septembre 2017

 
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